roman

Le livre du jour…

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La route de Cormac McCarthy

En librairie ce roman de 248 pages ne paye pas de mine. Titre sibyllin, couverture épuré. Rien n’invite à l’acheter. Et pourtant!
Dès la première page, on est frappé par cette écriture sobre mais fulgurante. Dialogues secs et rytmés en opposition avec cette longue descente aux enfers: le sud.
Histoire d’amour fabuleuse entre un père et son fils. Le pourquoi du désastre qui les entoure en devient secondaire.
« La Route » est une véritable ode à la vie, terriblement d’actualité. YLJ

4« Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. » Voici donnés l’atmosphère, le décor, la tonalité générale dans laquelle baigne ce grand roman. Donnée aussi, une idée de la scansion singulière et admirable de la phrase de Cormac McCarthy – un rythme qui, joint au mystère dont est emprunt ce récit, à son austère lenteur, à sa lugubre beauté, confère véritablement à La Route la grâce d’un long poème métaphysique, funeste et envoûtant. Un poème tout ensemble initiatique et sépulcral, où se trouvent condensées, cristallisées, dégagées de ­toute tentation d’euphémisme, les obsessions et les hantises de McCarthy, sans cesse revisitées, de livre en livre, depuis plus de quarante ans : la violence des hommes, le rude combat que se livrent en ce monde le Bien et le Mal – la victoire de plus en plus manifeste de celui-ci, la promesse d’éternelle douleur et d’infini chagrin à quoi se réduit le sort de l’espèce humaine.

Laquelle humanité, dans La Route, est plus proche que jamais de l’extinction – même s’il lui reste assez de force pour continuer de nuire, de s’infliger à elle-même souffrances et offenses. Il ne demeure pourtant manifestement plus grand monde à la surface de la terre. On ne sait pas très bien ce qui s’est produit – apocalypse nucléaire ou colère de Dieu ? Quoi qu’il en soit, voici un homme et son jeune fils, seuls. Au fil des « nuits obscures au-delà de l’obscur », des « jours chaque jour plus gris que celui d’avant », ils arpentent un continent désolé, des campagnes ruinées, des villes mortes. L’homme et l’enfant marchent vers le sud — sans doute les choses ne vont pas mieux là-bas, mais il y fait moins froid. Ils ont faim, ils ont peur.

Des hommes qu’ils croisent parfois, ils se cachent : ce sont des hordes de barbares, esclavagistes et anthropophages. La nuit, tandis qu’il veille sur le sommeil de l’enfant, l’homme est visité par des visions effroyables – des morts-vivants, une Bête menaçante qui n’a d’égal en monstruosité que celle des Ecritures. Il pense : « Qu’avaient-ils fait ? L’idée lui vint qu’il se pourrait même dans l’histoire du monde qu’il y eût plus de ­châtiments que de crimes mais il n’en tirait guère de réconfort. » L’enfant, lui, accepte stoïquement la situation. Et quand il inter­roge son père, c’est pour vérifier s’ils sont bien, père et fils, « du côté des gentils », et non de celui des brutes, des monstres.

Entre roman d’épouvante et parabole escha­tologique, La Route s’offre à lire aussi comme un roman d’amour – cet amour qui unit l’adulte et l’enfant, et qui peut-être préserve l’homme de glisser vers la barbarie. Ce sentiment, McCarthy lui confère une intensité telle que les ténèbres alentours ne parviendront pas à l’étouffer et l’éteindre.

Nathalie Crom 

Telerama n° 3025 – 05 janvier 2008

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Le Livre du Jour…

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« Seul le Silence » de R.J Ellory

Il y a bien longtemps que je n’ai point lu un roman aussi noir. Une pure merveille de narration et d’écriture qu’on avale à vitesse grand « v » et vous laisse complètement pantois.

Roman noir

4 Sans doute est-ce cette prose apparemment limpide, singulièrement dense, puissamment évocatrice. Cette manière su-breptice de distiller le soupçon et l’inquiétude, de faire toucher, de façon palpable, l’emprise de l’obsession sur le narrateur, qui font de ce livre un véritable piège, dévorant, parfaitement construit. Seul le silence, premier roman traduit du Britannique Roger Jon Ellory, est une révélation. On pense à De sang-froid, de Truman Capote, auquel il est dédié, pour la précision maniaque de ses détails, cette volonté d’épuiser son sujet, cet acharnement à comprendre les crimes qu’il met en scène. Une série de viols et de meurtres de fillettes, commis sur une trentaine d’années, au fin fond du sud des Etats-Unis. Joseph Vaughan, qui avait tout juste 12 ans, l’été 1939, quand tout a commencé et qui, devenu écrivain, va consumer sa vie à tenter d’élucider le mystère, raconte par le menu. Seul le silence est un impeccable thriller, d’une éclatante noirceur, un livre magnifique sur l’énigme du Mal et la culpabilité, la rédemption par l’écriture. Mais surtout la tragédie d’un homme « exilé », brûlé par ses souvenirs d’enfance, marqué par la mort qui a très tôt frappé à sa porte. Exactement résumé par cette phrase de la romancière Cynthia Ozick, citée en exergue : « Ce que nous nous rappelons de notre enfance, nous nous le rappelons pour toujours – fantômes permanents, estampés, écrits, imprimés, éternellement vus. »
Michel Abescat

Conjugaisons au futur : entretien avec J. M. Ligny sur la Science-fiction

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Robots et martiens ne courent pas les étagères de l’école, peu de classes explorent Pluton ou Ganymède au travers d’un roman. Genre littéraire souvent considéré comme mineur, la science-fiction reste peu étudiée à l’école. Livres de garçons, critiques ou apologies simplistes du progrès technique, évasion facile dans les étoiles ou pauvreté linguistique, autant d’arguments qui, croit-on, justifient que la science-fiction reste une lecture de la cour de récréation.
Jean-Marc Ligny, auteur de science-fiction et de fantastique, intervient depuis des années en classe pour témoigner de la SF telle qu’elle s’écrit aujourd’hui. Il ancre l’originalité du genre à la fois dans l’imaginaire et dans un regard bien actuel de nos sociétés. Voilà qui donne envie d’en lire davantage.
Savoirs-CDI a voulu prendre un cours de rattrapage avec lui sur une littérature qui, dans un futur proche, nous surprendra encore.


lire la suite…

Le Livre du jour…

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Vendredi ou les Limbes du Pacifique de Michel Tournier.
Merveilleux roman que celui ci, dévoré à la fin de mon adolescence. Il m’a profondément marqué, car cette fidèle relecture de l’oeuvre de Dafoe nous plonge au plus profond de nous même, de la prise de conscience de notre propre vie, solitude et imaginaire.
Oui, merveilleux livre, sur l’approche et le regard de « l’autre » ainsi que sur la prise de conscience de ses propres tabous.
Il me faut sans faute le relire…
en lien l’entretien de Michel Tournier accordé à l’Express en mai 2010

Dune…Franck Herbert

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Si l’on doit une fois dans sa vie lire un bouquin de SF, lisez la formidable saga de Franck Herbert, « Dune ».

Présentation de l’éditeur

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers achète à n’importe quel prix. Richesse très convoitée : quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi mystique. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et qui, à la tête des commandos de la mort, changera le cours de l’histoire. Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique ; elles veulent créer un homme qui concrétisera tous les dons latents de l’espèce. Tout est fécond dans ce programme, y compris ses défaillances. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?

Biographie de l’auteur

Frank Herbert, l’auteur de Dune, le livre suprême de la S.-F. – comme Le Seigneur des Anneaux pour la fantasy -, est né en 1920 à Tacoma (État de Washington), au nord-ouest des U.S.A. Sa mère est de la région, son père y est venu enfant avant d’y exercer les professions de policier puis d’inspecteur du travail ; de jeunes Indiens chinooks lui apprennent à pêcher dans les rivières voisines. Études de littérature (université de Washington) où il rate tous ses examens mais forme son style à l’école d’Edgar Poe, d’O’Henry et d’Ezra Pound : un idéal d’écriture à la fois concise et précise. Alors il entre dans le journalisme, dont il vivra pendant trente ans ; il se marie (1946) : trois enfants, cinq petits enfants ; tout du patriarche, y compris la barbe fleurie. « La société a plus besoin de généralistes que de spécialistes « , dit-il en se dotant d’une culture encyclopédique (écologie, biologie, génétique, sémantique…). En 1952, il publie sa première nouvelle de S.-F. dans Astounding ; la même année, il  » étudie  » la psychanalyse jungienne – après quoi il devient analyste lui-même pendant deux ans et familier de la psychologie des profondeurs. Premier roman, en 1955 ; la même année, il devient rédacteur en chef du San Francisco Examiner (édition du dimanche). Le triomphe de Dune (1963-1965) puis du Messie de Dune (1969) fait de lui un écrivain à plein temps : en 1972, près de Tacoma, il crée une ferme expérimentale écologique. En 1984 sort le film Dune ; il réagit à la mort de sa femme en se remariant et en partant pour Hawaii où il écrit la Maison des Mères (1985). C’est là qu’il meurt le 11 février 1986.

Terreur…

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Plus de mille pages (version poche) de pure bonheur. Je viens d’engloutir le dernier roman de Dan Simmons, « Terreur », relatant une des plus grande tragédie dans l’histoire de l’exploration polaire.
Rarement je n’ai autant ressenti ce sentiment de solitude, d’horreur ultime, de décomposition de l’âme humaine.
Je vous invite à lire ce bouquin dans les plus brefs délais.
En lien, l’excellent blog de Nicolinux traitant de ce fabuleux roman.