Cinéma

Le film du Dimanche soir…

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Un crime dans la tête
Film de Jonathan Demme (The Manchurian Candidate, USA, 2004). Scénario : Daniel Pyne et Dean Georgaris. 130 mn. VM. Avec Denzel Washington : Ben Marco. Liev Schreiber : Raymond Shaw. Meryl Streep : Eleanor Shaw.
Le genre : on nous cache tout, on nous dit rien.
Le président des Etats-Unis est peut-être un cyborg, nous alerte sans rire (mais avec le goût du jeu) cette politique-fiction, parfaite pour attiser notre parano déjà vivace. Un major de l’armée américaine, Bennett Marco, est assailli de cauchemars relatifs à une embuscade tragique durant la guerre du Golfe, au cours de laquelle l’un de ses hommes, le sergent Shaw, s’est distingué par son courage en sauvant à lui tout seul la patrouille. Le hic, c’est que les mauvais rêves, sérums naturels de vérité, hurlent autre chose. En l’occurrence une manipulation d’envergure. Le premier Crime dans la tête (1962), de John Frankenheimer (1), se déroulait sur fond d’anticommunisme viscéral et de guerre de Corée. Tout cela est supplanté par une autre guerre, financière et biotechnique. Un élément de confusion est à peine éclairci qu’un autre vient s’ajouter. Plutôt que de contourner les écueils, le film les affronte, montre concrètement les faits et réchappe à chaque fois du naufrage annoncé. Intox sur la guerre du Golfe et sur son syndrome (gros scandale étouffé), gangrène de l’affairisme, emprise croissante des entreprises de biotechnologie… Demme va assez loin dans la mise en lumière d’un pouvoir d’autant plus inquiétant qu’il semble ne plus obéir qu’à des intérêts particuliers. La guerre ici est domestique, incestueuse même, via le rôle prépondérant joué par la mère de Shaw (Meryl Streep, formidable), monstre politique qui dévore tout sur son passage. Le baiser langoureux qu’elle dispense à son fils est d’une beauté glaçante. Impossible face à ce viol généralisé des consciences individuelles de ne pas songer à Bush Jr. Le visage et les attitudes de Liev Schreiber, très bien en impuissant souriant mais tout près du pétage de plombs, vaut autant qu’une pétition. Jacques Morice

Dupont Lajoie, un visionnage s’impose…

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Une ou plusieurs raisons de voir le film :
Le cocktail détonnant de la lâcheté et du racisme : Jean Carmet est plus épouvantable encore que Victor Lanoux, dans une histoire doublement atroce. Quand on n’a pas vu ce film, qui commence comme une comédie franchouillarde, on n’a pas vu grand-chose. Dupont Lajoie, c’est l’histoire d’un engrenage, d’une fuite en avant sanglante. C’est fort, dur parfois, tout sauf complaisant. La galerie de portraits est terrifiante par le contraste entre ces gens a priori sympathiques individuellement, comme on en connaît des dizaines, et ce qu’il peuvent devenir d’une seconde à l’autre… Dans le contexte de l’époque, marqué par l’autosatisfaction de la France qui croit que les 30 glorieuses vont durer toujours, où la guerre d’Algérie est toute proche, on comprend que le film ait provoqué des réactions violentes : trop de gens se sont reconnus…

 

Le film du samedi soir…

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L’agence de Georges Nolfi

Bon ok c’est pas un chef d’oeuvre du 7eme art. Mais ce film tiré d’une nouvelle de Philip k Dick (Adjustement team) mérite quand même le détour juste pour voir Matt Damon qui à mes yeux est un des plus grands acteurs américains de toute l’histoire du cinéma.
Je n’ai pas le souvenir de le voir mal joué, de passer à coté d’un rôle.
A lui tout seul, il sauve cet opus qui parfois frôle le ridicule. Et surtout une photographie plus que moyenne. Mais bon le scénario est bon et on se laisse entrainer dans cette histoire de « destin ».
A mon avis je pense qu’il faut avant tout lire la nouvelle de K dick.
Après on jugera…YLJ
SYNOPSIS

Alors qu’il entame une brillante carrière politique, David Norris est pris dans un engrenage qui le dépasse. Un soir d’élection, il rencontre Elise Sellas, une danseuse dont il tombe éperdument amoureux. Ce qu’il ne sait pas, c’est que les Agents du destin ont décidé de mettre un terme à cette relation naissante. Ils lui posent un ultimatum : il devra choisir entre ses ambitions ou son amour pour Elise. Décidé à conserver son libre-arbitre, David Norris finit par se rebeller. Pour y parvenir, il va devoir poursuivre Elise, à travers les rues de New York et ses réseaux souterrains…

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 26/03/2011

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Soit un jeune politicien américain promis à un brillant avenir. Par son charisme, mais, surtout, selon un destin soigneusement tracé par l’Agence (en anglais, le « Bureau d’ajustement »), bureaucratie divine possédant le « plan de vie » de chaque être humain. Soit une jolie danseuse qui pourrait l’éloigner de la politique. Première question : les amoureux échapperont-ils aux sbires de l’Agence chargés de les séparer ? Seconde question : fallait-il vraiment transformer une nouvelle du génial Philip K. Dick en comédie romantique ?

Pour que l’on croie un peu plus à cette amourette-surprise, il aurait fallu que le personnage féminin (incarné par la jolie actrice anglaise Emily Blunt) fût un peu plus creusé. En s’éprenant subitement de cette jeune femme, le héros exerce moins son libre arbitre – l’enjeu du ­récit ! – que celui du scénariste. Une autre forme de prédesti­nation, en quelque sorte… Un soupçon d’inspiration visuelle en plus – les « anges » de l’Agence ont l’air tout droit sortis de Mad Men ! – n’aurait pas non plus dérangé. Reste l’essentiel : un acteur, Matt Damon, qui s’impose de film en film comme un immense comédien, égal aux stars de l’âge d’or. Ici, sa fougue et son idéalisme font merveille, évoquant, physique oblige, la dynastie Kennedy. On peut, pour lui, ­aller voir ce premier film inabouti et pas désagréable du coscénariste d’Ocean’s 12 et de La Vengeance dans la peau.

Aurélien Ferenczi

Vive la crise, par Jason Reitman…

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« IN THE AIR »

Je le dis et le répète, non le cinéma américain indépendant n’est pas mort. Pour preuve le dernier film de Jason Reitman (fils de Ivan Reitman, vous avez le réalisateur de SOS Fantômes) »In The Air ». Succulent film avec le chouchou de ces dames, Georges Clooney en personne campant le rôle d’un cadre sup coupeur de tête et à la recherche d’un amour impossible.
Il faut le voir courir après ses « Smiles », préparer sa valise tel un lit au carré façon internat de jésuite en colère. Et que dire des deux actrices américaines  Vera Farmiga, l’amante, et Anna Kendrick, la débutante aux dents longues, sont épatantes.
Vraiment ce film est jubilatoire, couronné par des scènes d’aéroport très réalistes.
Mathieu Carratier : 3étoiles
In The Air Thank You For Smoking et Juno avaient imposé Jason Reitman, 32 ans, comme un satiriste pop extrêmement malin qui avait très vite compris comment tutoyer l’époque (et l’académie des oscars). Son troisième long le consacre pour ce qu’il est réellement : un héritier des grands conteurs classiques américains, qui vient de signer le premier film sur les Etats-Unis d’ici et maintenant. Le choix de George Clooney pour incarner cet homme qui aime dans les couloirs d’hôtel, fuyant l’engagement sous toutes ses formes, était une évidence absolue. In The Air tend à l’éternel célibataire un miroir qu’il ne fuit jamais du regard, emportant tous ses bagages en cabine. Clooney y joue son âge, sa vulnérabilité, sa mélancolie. C’est, tout simplement, une des premières fois où il ose mettre le charme hollywoodien de côté pour incarner un être humain. Selon le vécu que vous emmènerez dans la salle, In The Air pourrait être ce rare film qui fait défiler votre vie devant vos yeux. Si l’on était fan d’euphémismes, on vous dirait que le voyage a de l’allure.

Stanley Kubrick, le maitre…

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Pourquoi Kubrick est-il culte ? Stanley Kubrick.

Reuters

Kubrick or not Kubrick ? Telle est la question. Qui était-il vraiment, dans quel état errait-il ? Pourquoi tant de culte ? Tentative d’explication en 10 petits points à l’occasion de l’exposition à la Cinémathèque française, du 23 mars au 21 juillet.

1. Parce que personne à part lui, n’a réellement compris la fin de 2001, l’Odyssée de l’espace.

2. Parce que quitter Hollywood pour vivre reclus dans un manoir anglais quand on est un cinéaste américain, c’est du suicide.

3. Parce qu’il offrait des chefs d’oeuvres (2001, Barry Lyndon, Shining…) plutôt que des longs discours. Aujourd’hui, c’est Terrence Malick qui a pris le relais.

4. Parce qu’il était maniaque au point de faire repeindre une salle de cinéma en noir pour qu’une projection d’Orange mécanique soit parfaite.

5. Parce qu’il a dit à son actrice de Shining, Shelley Duvall : « On a jamais rien obtenu de grand sans souffrance », poussant le vice jusqu’à refaire cinquante fois la même prise. Quand on sait le calvaire subit par son personnage à l’écran, on a mal pour elle.

6. Parce que la transformation d’un os préhistorique en vaisseau spatial sur fond de Strauss au début de 2001 l’odyssée de l’espace est le plan le plus sidérant de l’histoire du cinéma.

7. Parce que son travelling au steady-cam sur Nicholson avec son regard de fou furieux et sa hache dans Shining hantera à jamais nos esprits.

8. Parce que sous leur apparente frigidité, ses films – comme chez Hitchcock -, traduisent un refoulé qui confine à la perversité. Voir la jeune Lolita dévorée par un trop mûr James Mason ou la partouze masquée d’Eye Wide Shut.

9. Parce que son film sur Napoléon qu’il n’a pourtant jamais tourné, reste le fantasme cinéphile le plus puissant de l’histoire.

10. Parce que la violence stylisée et très lookée d’Orange mécanique sur fond de Beethoven revisité est indémodable, donc indécrottable!

Le Film du Dimanche Soir…

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Les femmes du 6eme étage.

 

Les femmes du 6ème étage est un bel hommage à ces femmes espagnoles travaillant dans l’envers du décor bourgeois du 16ème des années 50. La critique de cette comédie sociale drôle, pétillante, à la bonne humeur contagieuse.

Paris, années 60. Jean-Louis Joubert, agent de change rigoureux et père de famille « coincé », découvre qu’une joyeuse cohorte de bonnes espagnoles vit… au sixième étage de son immeuble bourgeois.  Maria, la jeune femme qui travaille sous son toit, lui fait découvrir un univers exubérant et folklorique à l’opposé des manières et de l’austérité de son milieu. Touché par ces femmes pleines de vie, il se laisse aller et goûte avec émotion aux plaisirs simples pour la première fois.

Cinéaste discret, Philippe Le Guay a réussi à creuser avec succès son sillon dans la catégorie des films populaires de qualité. Son parcours s’est construit sur un genre, la comédie sociale, et une école, le conte moral. Le réalisateur avait déjà abordé avec intelligence deux thèmes de société contemporains. Le rapport à l’argent et la difficulté de savoir recevoir dans le coût de la vie. La gestion du bonheur et de la réussite dans Du jour au lendemain. Malgré son inscription dans un contexte éloigné, celui des années 50, les femmes du 6ème étage s’intègre pleinement dans cette filmographie naissante.

Ce dernier opus contient en fait deux films en un, qui s’accordent avec justesse. C’est d’abord l’histoire assez classique d’un homme qui cherche un nouveau souffle et redécouvre le plaisir de vivre  grâce à la rencontre d’une femme dans un environnement totalement éloigné du sien. Cet homme un peu guindé  interprété par Luchini se découvre une curiosité et surtout une liberté qu’il n’avait jamais exprimées dans une vie quadrillée par son statut et son milieu. Les femmes du 6ème étage ne s’arrête cependant pas à cette crise de la cinquantaine et une romance patron/employée qui n’est pas traitée directement au premier plan. Le film ne parle pas de la femme (Maria) mais bien deS femmeS du 6ème étage, celui des escaliers de service, des conditions insalubres mais aussi de la communauté espagnole.

Déjà esquissée dans du jour au lendemain, la passion du réalisateur pour la culture espagnole explose au grand jour. A travers ces six femmes courageuses et diverses, bigotes ou révolutionnaires mais unies par une même vitalité solidaire, Philippe Le Guay filme une déclaration d’amour à un pays. Ces femmes sont uniquement filmées en tant que groupe dans des situations de vie quotidiennes d’une drôlerie permanente. Les facéties gaguesques et le visage crispé de Luchini s’immiscent à merveille dans cet univers chaleureux qu’il va côtoyer en s’installant provisoirement au milieu des bonnes. La complicité explosive de leurs commérages doit beaucoup à la qualité d’interprétation des actrices espagnoles, Carmen Maura en tête, qu’on prend plaisir à voir s’amuser dans un déluge de francespagnol jouissif.

Se situant dans les années 50, les femmes du 6ème étage ne peut être taxé d’aucun passéisme. Sa vitalité et son énergie n’occultent pas un constat social toujours d’actualité. Les asiatiques remplaçant les portugaises ayant elles mêmes remplacées les bonnes espagnoles (le paternalisme bourgeois en moins). Très drôle et jamais démago grâce à l’écriture nuancée du personnage de Sandrine Kiberlain, le dernier film de Philippe Le Guay est un véritable plaisir, musical et enlevé. Le meilleur de la comédie française qui rappelle l’intelligence des invités de mon père qui faisait autant rire tout en adoptant un regard social aiguisé.

Gilles Hérail

Les femmes du 6ème étage, une comédie sociale de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain et Carmen Maura, 1h46, sortie le 16 février 2011

Le film du soir…

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Ce soir c’est « Préparez vos mouchoirs » de Bertrand Blier. Un pur bonheur…

Gerard Depardieu ne supporte plus la déprime de sa femme Carole Laure et décide de la jeter dans les bras de Patrick Dewaere pour y remédier, mais c’est auprès d’un garcon de 13 ans qu’elle va trouver le réconfort.
Un bon gros ovni que plus personne n’oserait sortir aujourd’hui, déjà que « Les Valseuses » avait fait scandale, on n’ose même pas imaginer l’accueil de celui ci à l’époque qui a recu l’oscar du meilleur film étranger en 79 quand même.
On retrouve d’ailleurs le duo des « Valseuses » ici pour un récit constamment surprenant et assez surréaliste par les directions qu’il ose prendre.
Des ruptures de ton inattendues et un thème central profondément dérangeant avec cette histoire d’amour en une femme adulte en plein blues et un ados surdoué mais paumé.
Blier ne choisit pas la facilité, le gamin a un vrai physique poupin de son âge et les situations sexuelles, remarquablement amenée, pas scabreuse et tendre n’en demeure pas moins dérangeante.
Malgré tout on est vraiment touché par cette rencontre de deux solitudes notamment grâce à la remarquable prestation de Carole Laure et du garcon très naturel.
Cette émotion et cette tendresse alterne avec de vrai moments autre orchestré par Blier comme tout le final où les deux vivent tranquillement en couple comme si de rien n’était, le duo Depardieu/Dewaere qui amène une bonne touche d’absurde et de drôlerie et des dialogues des plus savoureux. Etonnant.